Intéressantes déclarations de Martine Aubry dans le Journal du Dimanche de ce jour ! Interrogée à l’occasion de l’anniversaire de la chute du mur, elle dit son regret que l’Europe n’ait pas été au rendez-vous pour « accompagner les ex-pays de l’Est dans un régime de transition conservant un Etat protecteur et faisant naître un marché efficace ».
Elle en tire le malheureux constat : «le triomphe de l’ultralibéralisme a été une illusion..» les libéraux américains ont «débarqué dans les pays de l’Est avec la volonté de détruire tout ce qui représentait le régime antérieur, en particulier l’Etat et les services publics, laissant la place à l’enrichissement de quelques-uns et au règne des mafias». Et d’en tirer la leçon : « la crise économique a montré combien ce système marchait sur la tête. C’est bien d’un nouveau modèle que la gauche doit construire »
Quand le journaliste lui demande si la gauche n’est plus social-libérale, Martine Aubry répond: « Certains ont considéré que la financiarisation de l’économie était le comble de la modernité. Mais la gauche en France a mieux résisté à cette idée fausse. Et aujourd’hui, le Parti Socialiste est uni autour d’une idée simple et forte : le dérèglement est tel qu’il ne s’agit plus d’amender le libéralisme ou de corriger ce capitalisme à la marge. Il s’agit de changer le système, de changer de système. C’est à cela que nous travaillons. »
Dieu soit loué, m’écrierais-je, si je n’étais pas athée ! Certes Martine ne va pas jusqu’à dénoncer, unité oblige , les petits camarades qui considéraient naguère que la doctrine socialiste était à ranger au rang des vieilles lunes. Sans doute est-elle encore très optimiste en affirmant que le Parti est uni sur l’idée qu’elle avance : il faudrait prévenir quelques uns de nos camarades ! Mais tout de même, le ton change.
On ne parle pas comme on le proclamait naguère, de supprimer la propriété capitaliste. Mais quand Martine, prenant l’exemple de Molex rachetée par des actionnaires américains qui l’ont vidée puis exécutée, défend l’idée que lorsqu’une entreprise est mise en danger pas ses actionnaires, il faut la mettre sous tutelle judiciaire, elle semble bien décidée à remettre en cause le droit de propriété qui comprend comme les juristes le savent l’usus, l’abusus et le fructus, le droit d’utiliser le bien dont on est propriétaire comme on le veut, le droit d’en tirer les bénéfices et le droit de s’en séparer comme on l’entend !
« L’ultralibéralisme nous a envoyé dans le mur» affirme Martine Aubry. Pourquoi « l’ultra » ? Le libéralisme n’a guère besoin de qualificatif pour nous envoyer dans le mur ! « Le marché doit être régulé, sinon il peut être destructeur de l’économie/» ajoute notre première secrétaire. Elle a raison d’affirmer que « les principes qui le déterminent, la concurrence, l’individualisme, le court terme, ne peuvent s’appliquer aux biens collectifs, à l’éducation, à la santé et encore moins à la société » - c’est à dire à ce qui fait l’essentiel de notre vie en commun ! – mais il faut aller plus loin et constater, et expliquer, expliquer toujours, – ce doit être le rôle historique des socialistes -que dans ces secteurs essentiels, la propriété capitaliste – le secteur privé – répond à une logique contraire à l’intérêt général.
La lutte contre la privatisation de la Poste dans laquelle le PS s’est heureusement engagé, n’est qu’une traduction parmi d’autres de la nécessité de s’opposer à la catastrophique logique libérale. Le secteur hospitalier conduit à marches forcées vers la logique de la gestion privée avant d’être définitivement dépecé, l’Education Nationale menacée de toutes parts, nous offrent un formidable terrain de lutte qui justifie l’identité socialiste de notre combat.
Ce sont ces combats que la PS doit mettre en perspectives pour affirmer la différence entre la gauche socialiste et les autres.
Jacques Fleury
Pour aller plus loin sur le même sujet, lire sur ce blog ICI la contribution de la section de Roye au projet du PS






