Le rose va bien aux crabes !

16 11 2009

crabeLe rose va bien aux crabes ! En tout cas, le panier socialiste semble leur convenir ! Ce week-end vient d’en apporter une nouvelle fois la preuve. Vincent Peillon pourtant rodé à la marche perpendiculaire a failli être croqué tout cru par le crabe Royal. Il a pu vérifier comment, chez les crustacés comme dans d’autres espèces, le sexe dit faible fait la politique autrement ! Peillon a répliqué sauvagement ! Ségolène s’en est trouvée pincée ! Et le mal se répand.

N’a –t-on pas vu, ce même jour, François, le « crabbe »[1] hollandais s’efforcer d’éliminer son rival DSKrabe en revendiquant une accélération du processus des primaires ? On ne va pas pleurer ! Mais on ne saurait en rire ! Car la maladie du crabe est en train de détruire le parti socialiste, ce qui serait somme toute d’une importance seconde, si ce faisant elle ne détruisait pas avec lui le socialisme ou du moins l’image que nos concitoyens s’en font !

Le Général de Gaulle savait, en instituant le régime présidentiel, qu’il introduisait le virus de la personnalisation des combats politiques et que ce virus serait fatal aux combats idéologiques, donc au combat que mènent depuis plus d’un siècle les socialistes. A l’époque, ceux-ci en étaient bien conscients et s’opposèrent avec vigueur au principe de l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Mais même parmi eux, certains décidèrent pourtant de jouer le jeu gaullien et tombèrent dans le piège. Ce fut d’abord Gaston Defferre à qui Jean Jacques Servan Schreiber proposa de le « vendre comme une savonnette ». Il avait fait peu avant la même offre à Guy Mollet qui, lui, refusa. Notre sympathique Gastounet devint ainsi « Monsieur X » avant de finir en « Monsieur 5% » !

Ce fut ensuite François Mitterrand qui se coula avec délectation dans le moule présidentiel. On peut reprocher à ce dernier de ne pas avoir profité de son passage à l’Elysée pour revenir sur cette redoutable exception française. Mais outre qu’il se sentait parfaitement à l’aise dans le système, François Mitterrand savait comme nous tous que les français sont très majoritairement attachés à cette élection présidentielle qu’ils considèrent comme une conquête démocratique !

Car pour une grande majorité de nos concitoyens, les mêmes qui déplorent le combat des chefs et celui des egos, le choix de l’homme l’emporte trop souvent sur le choix des idées. Mais il faut le marteler : privilégier le choix de l’homme c’est une démarche de droite et qui, de plus, favorise la droite ! Il aurait fallu que les socialistes privilégient le combat idéologique, ce à quoi ils ont trop facilement renoncé. C’est bien là leur premier échec. Celui dans lequel « ils » et « elles » s’enfoncent. L’abandon de l’idéologie au profit de l’image, c’est bien là le cancer, ce crabe qui nous détruit et qui fera, si on refuse de le voir, que le socialisme mourra comme on dit « d’une longue maladie ».

Jacques Fleury

[1]  Le mot crabe vient du néerlandais « crabbe »





Martine et la chute du libéralisme

8 11 2009

Intéressantes déclarations de Martine Aubry dans le Journal du Dimanche de ce jour ! Interrogée à l’occasion de l’anniversaire de la chute du mur, elle dit son regret que l’Europe n’ait pas été au rendez-vous pour « accompagner les ex-pays de l’Est dans un régime de transition conservant un Etat protecteur et faisant naître un marché efficace ».

Elle en tire le malheureux constat : «le triomphe de l’ultralibéralisme a été une illusion..» les libéraux américains ont «débarqué dans les pays de l’Est avec la volonté de détruire tout ce qui représentait le régime antérieur, en particulier l’Etat et les services publics, laissant la place à l’enrichissement de quelques-uns et au règne des mafias». Et d’en tirer la leçon : « la crise économique a montré combien ce système marchait sur la tête. C’est bien d’un nouveau modèle que la gauche doit construire »

Quand le journaliste
lui demande si la gauche n’est plus social-libérale, Martine Aubry répond: « Certains ont considéré que la financiarisation de l’économie était le comble de la modernité. Mais la gauche en France a mieux résisté à cette idée fausse. Et aujourd’hui, le Parti Socialiste est uni autour d’une idée simple et forte : le dérèglement est tel qu’il ne s’agit plus d’amender le libéralisme ou de corriger ce capitalisme à la marge. Il s’agit de changer le système, de changer de système. C’est à cela que nous travaillons. »

Dieu soit loué, m’écrierais-je, si je n’étais pas athée ! Certes Martine ne va pas jusqu’à dénoncer, unité oblige , les petits camarades qui considéraient naguère que la doctrine socialiste était à ranger au rang des vieilles lunes. Sans doute est-elle encore très optimiste en affirmant que le Parti est uni sur l’idée qu’elle avance : il faudrait prévenir quelques uns de nos camarades ! Mais tout de même, le ton change.

On ne parle pas comme on le proclamait naguère, de supprimer la propriété capitaliste. Mais quand Martine, prenant l’exemple de Molex rachetée par des actionnaires américains qui l’ont vidée puis exécutée, défend l’idée que lorsqu’une entreprise est mise en danger pas ses actionnaires, il faut la mettre sous tutelle judiciaire, elle semble bien décidée à remettre en cause le droit de propriété qui comprend comme les juristes le savent l’usus, l’abusus et le fructus, le droit d’utiliser le bien dont on est propriétaire comme on le veut, le droit d’en tirer les bénéfices et le droit de s’en séparer comme on l’entend !

« L’ultralibéralisme nous a envoyé dans le mur» affirme Martine Aubry. Pourquoi « l’ultra » ? Le libéralisme n’a guère besoin de qualificatif pour nous envoyer dans le mur ! « Le marché doit être régulé, sinon il peut être destructeur de l’économie/» ajoute notre première secrétaire. Elle a raison d’affirmer que « les principes qui le déterminent, la concurrence, l’individualisme, le court terme, ne peuvent s’appliquer aux biens collectifs, à l’éducation, à la santé et encore moins à la société » - c’est à dire à ce qui fait l’essentiel de notre vie en commun ! – mais il faut aller plus loin et constater, et expliquer, expliquer toujours, – ce doit être le rôle historique des socialistes -que dans ces secteurs essentiels, la propriété capitaliste – le secteur privé – répond à une logique contraire à l’intérêt général.

La lutte contre la privatisation de la Poste dans laquelle le PS s’est heureusement engagé, n’est qu’une traduction parmi d’autres de la nécessité de s’opposer à la catastrophique logique libérale. Le secteur hospitalier conduit à marches forcées vers la logique de la gestion privée avant d’être définitivement dépecé, l’Education Nationale menacée de toutes parts, nous offrent un formidable terrain de lutte qui justifie l’identité socialiste de notre combat.

Ce sont ces combats que la PS doit mettre en perspectives pour affirmer la différence entre la gauche socialiste et les autres.

Jacques Fleury

Pour aller plus loin sur le même sujet, lire sur ce blog ICI la contribution de la section de Roye au projet du PS





Régression territoriale. Conséquence N°1

8 11 2009

Chaque semaine sur le blog, une conséquence concrète de la « réforme » territoriale de l’UMP si par malheur elle devait s’appliquer un jour.

Question : que se passera t-il concrètement pour les Royens si, demain, les projets de lois de l’UMP et de Sarkozy de régression territoriale devaient s’appliquer ?

Conséquence N°1

Plus aucune association sportive ou culturelle ne pourrait  percevoir le moindre euro du département ou de la Région. Le projet de l’UMP prévoit en effet ce qu’elle appelle de façon volontairement compliquée “la suppression de la clause d’attribution de compétence générale ».

En clair, les départements et les Régions n’auraient tout simplement plus le droit, bien qu’ils y tiennent farouchement, de subventionner tel club de tennis, tel club de handball, de basket, telle compagnie de theâtre, tel orchestre etc… Il ne leur faudra plus compter désormais que sur leurs sponsors privés, conformément au grand projet libéral du tout business de l’UMP et du président Sarkozy. Pour subsister, ces associations devraient engager des « commerciaux » pour “faire du chiffre”. Seules les associations les plus puissantes et les plus intéressantes en terme de business pourraient alors maintenir leurs activités. Et encore, à condition de réduire considérablement leurs budgets, car par les temps qui courent, les sponsors se font rares. Quant aux municipalités dont les finances auront été asséchées par la suppression de leurs ressources de taxe profesionnelle, elles ne pouront jamais compenser convenablement.

Voilà le modèle de société où souhaitent nous conduire Sarkozy et son parti l’UMP ! Voilà ce que soutient l’UMP à Roye !

Les milliers de Royens bénévoles impliqués dans les associations qui reçoivent des financements de ces collectivités apprécieront. Les dizaines de millions de Français membre d’associations aussi.

Olivier Spinelli





Fin de fronde

6 11 2009

frondeComme prévu, la « fronde » animée par Jean Pierre Raffarin n’ira pas bien loin. Entre la défense des principes démocratiques et l’obéissance au Chef, le choix est vite fait chez les godillots. Mardi, nous explique –t-on, le Premier Ministre s’est fait une joie de « recadrer sa majorité ». Que chacun se réfugie dans le silence, au risque de froisser sa conscience !

Un dont la conscience ne souffre pas, c’est notre député de la Somme. Si l’on en croit le Parisien (édition du 4 novembre), Alain Gest s’est réjoui de cette reprise en main par François Fillon : « Il a sifflé la fin de la récré … Il faudrait peut-être qu’il le fasse plus souvent» a-t-il déclaré. Faudrait pas se tromper d’époque : les députés UMP ne sont pas des élus du peuple, ils sont des élus de Nicolas Sarkozy! Et, au concours de celui qui sera le mieux élu du Chef, Gest vient de gagner des galons!

De deux choses l’une : ou M. Gest cherche à être le plus proche du Dieu élyséen – faiblesse humaine ! – ou il est vraiment attaché à la série de réformes sarkoziennes dont tout observateur sérieux sait qu’elles vont conduire à la recentralisation des institutions, à l’épuisement financier des collectivités, au redéploiement de la fiscalité au détriment des ménages, et, au passage, à l’étouffement de l’opposition républicaine. Pour ce que je connais de son parcours politique, je crois volontiers à l’enthousiasme réactionnaire de M. Gest. Qui présente, de surcroît, l’avantage de le mettre en bonne place au rang des courtisans.

Il faudra s’en souvenir !

Jacques Fleury





Prurit d’opposition

3 11 2009

Raffarin_munchNon, la gauche ne fait pas de l’opposition systématique ! On peut sans doute le regretter car François Mitterrand soutenait que lorsqu’on est dans l’opposition on s’oppose ! Mais en l’espèce nous ne sommes pas les seuls à dénoncer les dérives et les mauvais coups du pouvoir. La gauche ne serait donc plus seule à dénoncer l’aventurisme du Chef de l’Etat ! Même quelques élus de droite seraient saisis d’un prurit d’opposition !

Il faut dire que notre Grand Conducteur fait fort ! Pour ceux qui jugeraient excessives mes positions sur l’ensemble des « réformes » qui visent à la fois à annuler la décentralisation en dépouillant les collectivités locales de tout pouvoir, et à réduire toute capacité de résistance de la gauche, voici quelques infos qui ne vous ont peut-être pas échappé mais qui méritent d’être rappelées.

La réforme de la taxe professionnelle avait déjà eu bien du mal à être votée à l’Assemblée Nationale. La fronde des sénateurs menée par Raffarin confirme que ce projet est suffisamment aventureux et dangereux pour que les parlementaires de droite abandonnent – momentanément – un comportement de « godillot » pourtant bien encouragé par les institutions de la Vème République.

Pour ces représentants institutionnels des collectivités locales que sont les sénateurs, il y a le feu au lac : la suppression de la Taxe Professionnelle annule la principale ressource des collectivités locales. Avant même que soient décidées les futures compétences des collectivités et donc des recettes dont elles auront besoin !Avant même que nous soit dit comment les élus locaux pourraient compenser de façon durable la perte de la recette majeure de leurs budgets sans réduire les investissements qui constituent pourtant 75% des équipements publics et sans augmenter les impôts qui frappent les ménages ! On a beau être de droite et prêt à toute allégeance devant le Conducteur de la Nation, difficile d’accepter une réforme qui sent l’aventure et peut se révéler très vite catastrophique. La Fronde n’ira sans doute pas bien loin ! Les parlementaires de droite n’oseront pas déclencher la crise. Dommage ! Ils mériteraient de la République !.

Pour justifier la vaste réforme des collectivités qui se traduirait par la fusion des élus départementaux et régionaux, chaque conseiller départemental devenant en même temps conseiller régional, l’argument très démagogique employé par les séides du Chef serait le montant des économies faites par la division par deux du nombre des élus. Economie prodigieuse et sans doute indispensable puisqu’elle compenserait tout juste, a-t-on calculé, l’augmentation scandaleuse des dépenses annuelles de l’Elysée depuis l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, dénoncée par Philippe Seguin Président de la Cour des Comptes! Excusez du peu !

Le coût des élus locaux représenterait actuellement 0,1 % des budgets des collectivités locales. Mais il est probable que les futurs élus territoriaux à qui on imposerait de cumuler institutionnellement deux mandats et donc d’être assurément mobilisés plus qu’à plein temps demanderont une compensation financière à cette disponibilité accrue, incompatible avec toute autre activité professionnelle !

Enfin, le Chef a imaginé d’instaurer un mode de scrutin uninominal à un seul tour dans l’espoir de nuire à la gauche. C’est proprement scandaleux. Il n’y a pas que nous pour le dire : le Conseil d’Etat vient d’affirmer avec le style très mesuré qui est le sien : « Le mode de scrutin projeté pour cette désignation est de nature à porter atteinte à l’égalité comme à la sincérité du suffrage » Nous ne disons rien d’autre !

Jacques Fleury





L’identité républicaine

28 10 2009

Identité nationale ? Essayons d’oublier les arrière- pensées du Grand Conducteur ! Et posons nous la question puisqu’elle nous est posée : être français c’est quoi ? En quoi serions nous différents, en quoi serions nous originaux, au point d’être identifiables ? Serions nous français parce que nous serions nés sur le territoire français ? Notre identité serait-elle liée à l’hexagone ?

Mais alors l’Alsacien aurait-il perdu son identité entre 1870 et 1918 quand il était de nationalité allemande, le Savoyard aurait-il gagné une identité nouvelle le jour ou la Savoie a été rattachée à la France ? Et le Belge, l’Allemand, le Hollandais, l’Italien, auraient ils eu la malchance de perdre notre identité au lendemain de Waterloo ? Etre français voudrait-il dire que nous sommes les héritiers de toux ceux qui furent les vassaux des rois absolus, à une époque où, avant d’être sujet du Roi de France, on était breton, languedocien, provençal, picard, etc, attaché à la langue et à la culture de sa province plutôt qu’à une unité nationale que seul incarnait le Roi ? Serions nous les héritiers de cet empire napoléonien qui aurait multiplié le nombre des français à la pointe des baïonnettes laissant derrière ses armées une image désastreuse de la France dans l’ensemble de l’Europe ?

S’il existe une identité nationale, c’est celle que les révolutionnaires ont créée aux cris de « Vive la Nation » ! Elle excluait ceux qui, nés sur le territoire de la monarchie française, combattaient pourtant aux côtés des monarchies étrangères contre ceux qui chantaient la « Marseillaise ». Mais elle ne réunissait pas que des français de souche car nombre d’étrangers à notre sol ont rejoint alors et rejoindront tout au long du processus républicain – à l’époque des gens comme Buonarrotti ou, plus tard, Garibaldi, – la République Française.

Notre identité nationale – en tout cas c’est ainsi que je la vis – est faite de l’originalité du message républicain que notre pays incarne dans le monde. Avec plus ou moins de fidélité selon les époques, celle que nous vivons étant de ce point de vue particulièrement désastreuse ! Notre identité, c’est la défense de cette trilogie républicaine – Liberté, Egalité , Fraternité – à laquelle la partie la plus réactionnaire de notre pays, sombrant dans le déshonneur, a opposé sous Pétain « Travail, Famille, Patrie » .

L’identité nationale, c’est ce que détruit chaque jour notre Grand Loucheur, un œil rivé sur l’exemple américain quand il prône non pas le mérite républicain, mais la loi de la jungle libérale et capitaliste, l’autre vers le passé le plus réactionnaire quand il nie les fondamentaux de la République laïque – le curé plus utile que l’instituteur — quand il détruit les bases de l’Education nationale ( voyez comment il a attaqué les maternelles, réduit les moyens de l’école publique au profit des écoles privées), quand il casse tous les contre pouvoirs à son désir de monarque, quand il tente de remettre à l’honneur Travail – « travaillez plus pour gagner plus ! », Patrie – le ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigration – n’étant sans doute pas le mieux placé pour vanter de surcroît la Famille !

Notre identité, c’est la défense d’un mode de vie, d’une ambition nationale, très différente de celle qu’incarnent les anglo-saxons du « make money ». C’est la recherche d’une véritable liberté, la défense des droits de l’homme mais aussi de la laïcité – sans adjectif réducteur – qui seule permet à chacun de vivre ses opinions sans les imposer aux autres ni subir celles des autres. C’est le refus du communautarisme qui divise au lieu de rassembler, c’est donc la République « une et indivisible ».

Notre identité, c’est le pacte républicain, et social. C’est le souci de l’égalité aujourd’hui tellement bafoué dans la vie quotidienne mais qui demeure un souci majoritaire chez nos compatriotes comme chez ceux qui aiment la France parce que son message est celui de cette idée généreuse. C’est la volonté de fraternité ou de solidarité qui fait que dans notre pays, au lendemain de la guerre, le Conseil National de la Résistance a remis en place un pacte social, unissant le pays autour de la Sécurité Sociale, l’Ecole Républicaine pour tous, la laïcité, etc…

Manifestement, Nicolas Sarkozy parle de ce qu’il n’a jamais connu et ne connait toujours pas. Non l’identité nationale ne se résume pas à l’amour de la terre française : il faudrait alors craindre la montée des eaux !!! L’identité nationale, c’est un message universel de générosité, un message d’espoir, une lumière qui brille et qui fait que, malgré tout, dans le monde, on aime encore la France.

Jacques Fleury





A quoi servent les députés ?

25 10 2009

godillotA l’évidence Nicolas Sarkozy, notre tout puissant Conducteur, ne supporte pas les institutions démocratiques et républicaines. On le voit avec la réforme qu’il envisage des collectivités territoriales. Mais les membres de l’Assemblée Nationale n’ont pas plus le droit à sa considération.

On sait que la réforme de la Taxe professionnelle fait hurler les parlementaires de tous bords. Avantage du cumul des mandats, les députés qui sont souvent des élus locaux ont bien mesuré quelles en seraient les conséquences catastrophiques pour les collectivités locales. L’objectif est peut-être de favoriser la compétitivité des entreprises mais le résultat sera surtout de réduire terriblement l’équipement et les services rendus à la population par les collectivités locales.

Le gouvernement Sarkozy non seulement réduit directement le pouvoir d’achat des ménages mais il entend aussi le réduire indirectement en réduisant les possibilités d’action des collectivités locales à l’écoute des besoins de la population. Il fait un cadeau fiscal aux entreprises mais tous les élus savent que ce sont les ménages qui paieront à la place des entreprises.

La réforme étrangle
les régions à qui elle ne laisse que la liberté de fixer 10% de leurs ressources, les départements qui sont traités de la même manière, et les communes à qui on annonce des compensations aléatoires pour remplacer une taxe professionnelle qui leur apportait plus de la moitié de leurs recettes fiscales. Les collectivités locales n’auront plus le choix qu’entre renoncer à l’équipement de leur territoire ou à augmenter l’impôt sur les ménages ! Cette réforme risque en outre de casser le lien entre développement industriel et rentrée fiscale et décourager les démarches industrielles des municipalités.

Tous les députés le savent ! C’est pourquoi la commission des finances de l’Assemblée Nationale, toutes tendances politiques confondues avait modifié, à l’unanimité, évènement extrêmement rare, le texte gouvernemental et proposé un contre projet un peu plus raisonnable, un peu plus soucieux du financement des communes.

Quand le gouvernement
proposait d’exonérer les entreprises dont le chiffre d’affaires était inférieur à 500 000€, les députés membres de la commission des finances voulaient baisser le plafond d’exonération à 152 000€, ce qui assurait aux communes une moins grande perte de recettes. Quand le projet gouvernemental prévoyait d’appliquer un taux progressif au chiffre d’affaire, un mécanisme qui ne peut qu’encourager les entreprises à répartir leur chiffre d’affaire entre plusieurs filiales pour échapper à l’impôt, la commission proposait d’appliquer un taux unique interdisant donc cette spéculation.

La commission des finances de l’Assemblée nationale avait fait le travail d’amendement, d’amélioration du texte, pour lequel les députés sont élus. Le consensus s’était même établi depuis les communistes jusqu’à la droite sarkozyste, sur des amendements rédigés par des députés de droite. Mais en vain ! Un coup de téléphone à l’Elysée de Mme Parizot présidente du MEDEF puis un appel de l’Elysée au président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale auront eu raison de ce travail. Le groupe UMP a claqué des talons et, repoussant les sages propositions des spécialistes de l’Assemblée, a adopté le texte de Nicolas Sarkozy.

Une fois de plus le Chef de l’Etat aura montré le mépris dans lequel il tient les institutions démocratiques, toutes les institutions républicaines. Une fois de plus les députés de la majorité auront mangé leur chapeau. “Vous vous couchez devant un diktat du Medef relayé par le gouvernement, mais les maires de droite sont fous furieux. Les impôts des ménages vont exploser et les collectivités locales seront ruinées”, s’est exclamé Jean-Pierre Balligand. “Ce n’est pas comme artisan de la coproduction législative mais de la cocu-production que vous passerez à la postérité”, a lancé Herni Emmanuelli à M. Copé, le président du groupe UMP !

Aussi longtemps que la majorité parlementaire, qu’elle soit de droite ou de gauche se couchera ainsi devant le diktat de l’exécutif, qu’il soit à Matignon ou à l’Elysée, le Parlement ne servira à rien. C’était vrai avant Sarkozy. Mais cette fois la volonté de notre Chef de rabaisser l’Assemblée Nationale s’ajoute à celle de casser tous les pouvoirs intermédiaires qui pourraient s’opposer à sa toute puissance : la justice, la presse, les collectivités locales.

Les Français vont-ils donner raison au jugement terrible du Général de Gaulle qui les prenait pour des « veaux », et tolérer longtemps cette dérive antirépublicaine ?

Jacques Fleury





Pour un parti écolo-socialiste

25 10 2009

J’évoquais hier la synthèse possible et souhaitable entre l’écologie politique et le socialisme.
Il est vrai que le parti socialiste a été traditionnellement favorable au « productivisme ». L’idée était de produire davantage pour répondre aux besoins de la classe ouvrière tout en lui offrant de l’emploi, le travail étant considéré comme un vecteur de dignité et de liberté. N’oublions pourtant pas que le gendre de Karl Marx, le socialiste Paul Lafargue, écrivit « le Droit à la paresse » !

Mais il faut bien
constater que la croissance permanente de la production, même si elle a, dans quelques pays, amélioré grandement les conditions d’existence, n’a pas résolu le problème de la misère dans le monde et de l’inégalité sans cesse aggravée. De surcroît l’inégalité de la répartition des richesses a engendré une frustration croissante, généré des besoins sans cesse renouvelés et conduit, plutôt qu’à une sage et saine répartition des fruits du travail, à une course permanente à la croissance, au développement d’une société dans laquelle on produit pour produire, on consomme pour consommer, on travaille pour travailler. Avec ce constat stupéfiant qu’un léger ralentissement du rythme de production déclenche une catastrophe universelle !

Une immense partie de la population mondiale ne ramasse que des miettes de la richesse qui croît. D’abord parce qu’une partie importante de cette pseudo richesse n’est que virtuelle. Mais surtout parce qu’une partie croissante de la production mobilise les ressources mondiales non pas pour répondre aux besoins prioritaires des populations affamées et misérables mais pour satisfaire la seule clientèle solvable dont la demande est excitée à coups de messages publicitaires.

Les écologistes ont donc bien raison de tirer la sonnette d’alarme. Pas seulement parce que notre mode de vie met immédiatement en danger l’humanité toute entière par les conséquences climatiques de l’activité humaine, mais parce que le scandaleux gaspillage auquel il conduit, risque de nous priver demain de ressources essentielles et non renouvelables. Et les socialistes n’ont aucune raison de fond de ne pas partager ce constat.

Là où les écologistes ont tort
– du moins certains d’entre eux – c’est quand ils essaient de nous faire croire que le changement de mode de vie, le changement de mode de consommation, la fin du gaspillage, pourraient être obtenus sans condamner une société dont le moteur – le profit – ne tient aucun compte de ce genre d’objectif.

Sans doute l’économie capitaliste est-elle capable de s’emparer des thèmes écologistes, sans doute est-elle capable de produire écolo, mais très rapidement si la course au profit l’impose, elle s’en servira comme d’une mode, comme d’un prétexte et en tout cas pas comme d’un cadre capable de freiner ses ambitions. Et elle n’oubliera pas au passage de continuer à exploiter le monde du travail.

Nous sommes
donc nombreux, socialistes, à convenir de la nécessité d’un développement durable. Développement parce qu’on ne saurait renoncer à satisfaire les besoins élémentaires de la population, durable parce que la production et la consommation doivent s’adapter aux limites naturelles de nos ressources mondiales et vitales.

Le développement durable ne peut pas choquer un socialiste qui n’a jamais confondu bonheur ou bien être avec possession et consommation. Mais il doit assurer une société équitable, celle de la République sociale. Si la France ne figure pas dans les tous premiers pays au regard d’indice de production annuelle, notre pays se trouve encore placé parmi les premiers quand on mesure la qualité de vie. Et nous savons bien que c’est là le résultat – il est vrai consciencieusement remis en cause par la droite – de la dose de socialisme que nos anciens ont su instiller dans notre République.

Les écologistes doivent admettre qu’ils ne parviendront pas à leurs objectifs sans condamner et combattre vigoureusement l’idéologie libérale. La course au profit que cette dernière implique ne peut pas se satisfaire de règles qui lui seraient le plus souvent contraires. Comment ralentir la consommation, comment la mieux répartir sans créer des problèmes d’emplois dans la logique capitaliste ?

Elle est en tout cas incompatible avec la volonté de justice sociale qui anime tout homme de gauche. Je sais que nombreux écologistes en sont convaincus. Plutôt que d’engager une lutte tactique pour savoir qui ira se jeter le plus vite dans les bras des libéraux, il me semble plus utile mais aussi plus viable, de chercher à constituer le grand rassemblement, voire un futur parti écolo-socialiste.

Et si on s’y mettait ?!

Jacques Fleury





Petit projet politicien

22 10 2009

vertbleuAvec Cohn-Bendit, au moins les choses sont claires ! Il n’est pas content, nous dit-on, du « sectarisme » des Verts.

Pour les prochaines élections régionales l’ancien soixante-huitard révolutionnaire exige et commande que les écolos estampillés « Vert » ouvrent leurs bras à tous ceux qui de près ou de loin s’intéressent à l’écologie : que ce soient les amis de Corinne Lepage, ceux de François Bayrou, ou encore ceux d’Antoine Waechter. Pour ceux qui l’auraient oublié – il n’y pas de mal à cela ! – ces trois catégories d’écolos invités à rejoindre les verts « orthodoxes » ont toujours soutenu une politique de droite ! Bayrou et Lepage furent ministres de gouvernements réactionnaires, et Waechter n’a jamais fait mystère de son engagement dans le même camp.

Idéologiquement cette volonté de Cohn Bendit ne tient pas. Sauf à réduire l’écologie à des mesures techniques – interdire la chasse au gibier d’eau ou refuser l’énergie nucléaire , nobles sujets mais quand même réducteurs par rapports aux enjeux planétaires- on ne peut pas, raisonnablement, rendre compatible l’objectif majeur de l’écologie politique avec une alliance avec des défenseurs de l’économie libérale.

Réduire le gaspillage de nos ressources naturelles, imposer un développement aussi équitable que durable, c’est impossible dans le cadre d’un système idéologique qui privilégie la course au profit sur toute autre considération! Comme si la morale du système capitaliste n’était pas d’abord : « après nous le Déluge ! ». Quand on sait les capitalistes capables de vendre la corde qui doit les pendre, comment croire qu’ils s’inquièteraient du futur de notre monde. L’attitude des Etats Unis le confirme ! Quant à la justice sociale, la démonstration n’est plus à faire.

Idéologiquement, le choix de Cohn Bendit ne tient pas. Mais il nous en donne une explication purement tactique. Il s’agit, dans la foulée des européennes, de continuer à jouer l’ouverture afin « de faire un bon score et/ou dépasser le PS ». « Pour cela, affirme le leader écolo-libertaro-libéral, il faut laisser de côté les instinct personnels, sectaires ou délirants qui seraient totalement contre-productifs » ! On croirait entendre Manuel Valls ! Ainsi le seul objectif valable serait de battre le PS !

Pauvre petit projet politicien : prendre la place de son voisin ! On pourrait trouver une noble justification à cette ambition limitée si la coalition défendue par le « vert marron » Cohn Bendit visait à substituer à un PS emberlificoté dans des tentations d’alliances centristes et trop timoré quant à la défense de ses valeurs socialistes, un parti plus jeune, plus décidé, plus nettement orienté à gauche, capable de faire la synthèse, pour tout dire, entre le socialisme et l’écologie. Mais non !

Ce que nous propose l’ancien étudiant de Nanterre, c’est le choix entre un PS que d’aucuns voudraient voir rejoindre Bayrou et une coalition verdâtre qui inclurait Jean Luc Benhamias, bras droit du même Bayrou. On en trépigne d’enthousiasme !!!

Jacques Fleury





Bonne nouvelle !

21 10 2009

citédusoleilJ’entendais ce matin, sur France Inter, l’architecte Jean Nouvel expliquer que pour éviter que la ville soit ennuyeuse, pour développer l’urbanité, il fallait abandonner le « zoning » et rétablir la mixité des activités. La ville, commentait-il, ne peut plus être la juxtaposition de quartiers spécialisés, les uns pour le travail, les autres pour le repos, d’autres encore pour le loisir, etc…Il regrettait que certains quartiers vivent le jour et soient vides la nuit quand d’autres connaissent la réciproque. Il dénonçait ces quartiers résidentiels dans lesquels on s’ennuie.

J’étais heureux d’entendre affirmer une telle évidence que les urbanistes et les politiques ont semble-t-il niée depuis des décennies. Je me souviens que l’une de mes premières taches lorsque je suis devenu maire, il y a maintenant 32 ans, fut d’établir un POS, un plan d’occupation des sols. Je m’étais, dès alors, insurgé contre le zonage que la loi imposait : ici une zone industrielle, là une zone commerciale, ici une zone de logements, ailleurs des espaces verts ou des terrains pour équipements publics. Dans les zones d’habitation, un commerce de proximité ne pouvait pas s’implanter si le plan ne l’avait pas prévu ! C’était à mes yeux le contraire de la vie !

Si je m’insurgeais, c’est que je savais que lorsque je visite une ville, je cherche à découvrir le centre ancien, celui qui, généralement s’est construit sans zonage et même sans plan d’urbanisme. Il m’intéresse parce que justement il reflète un mode de vie urbaine, une architecture et un urbanisme aussi spontanés que possible. Je n’éprouve, je ne dois pas être le seul, aucun plaisir à visiter les quartiers périphériques qu’il faut franchir avant d’atteindre le cœur d’une cité, ces zones industrielles, ces zones commerciales, ces barres de HLM bien sur, et ces lotissements dans lesquels s’alignent des pavillons trop semblables, implantés selon des règles strictes, dans des rues en cul-de sac.

Je sais que ce type d’urbanisme a rencontré l’adhésion majoritaire : il faut chercher la tranquillité, éviter le bruit des usines ou du coq le matin, ne pas subir les nuisances de la circulation automobile, éviter le contact quotidien avec le voisin immédiat, bref se couper de la vie et de la ville, quitte à organiser des fêtes de quartier pour établir un lien qui n’est plus naturel… Six mandats plus tard, nous débattons encore avec mes collègues de l’adoption d’un PLU, Plan d’Urbanisme Local, qui figera pour les années qui viennent la direction que devrait prendre le développement urbain de ma commune.

A nous d’imaginer la ville de demain, dans l’ignorance pourtant de tant d’éléments qui pourraient survenir. De cette démarche, les aléas, l’inventivité, la spontanéité de la vie sociale sont exclus. Pour suivre l’idée de Jean Nouvel, il y a encore du chemin à faire ! S’il est vrai que, dans ma commune de 6000 habitants, le zonage n’a pas de conséquences trop désagréables – parce que nul n’y est jamais loin de rien -, il devient très grave dans les grands centres urbains.

Jean Nouvel abordait le sujet à propos du Grand Paris et dans le cadre de la conférence de Kyoto sur le réchauffement de la planète. Il suggérait par exemple que des immeubles à usage de bureaux soient réaménagés pour que puissent coexister bureaux et logements. En fait, il nous proposait de revenir à ce qu’était la ville autrefois : l’endroit où coexistaient toutes les activités. Il est vrai que la mixité logement, travail, commerce, loisir, éviterait beaucoup de déplacements dont les villes et leur environnement sont terriblement victimes.

Rapprocher les logements des lieux de travail et de commerce serait bénéfique pour tous. En région parisienne, mais aussi dans tous les grands centres urbains, combien d’heures souvent stressantes perdues dans le transport, et quel volume de CO2 rejeté inutilement dans l’atmosphère ? Et à Paris, aux heures de loisir, ce sont quelques quartiers seulement – ceux qui concentrent les lieux de distraction – qui attirent un public trop nombreux pour qu’il soit convenablement accueilli, créant embouteillage, pagaille, et insatisfaction.

Si le réchauffement de la planète pouvait nous contraindre, collectivement, à des démarches plus conformes au bon sens, à revenir à une conception de la ville plus humaine, il faudrait presque s’en réjouir !

Jacques Fleury