23
juil

Saisi, fait inhabituel, à la demande du Gouvernement, un tribunal arbitral vient d’attribuer plusieurs centaines de millions d’euros (on ne sait pas exactement combien) à Bernard Tapie. Passons sur l’écoeurement, le probable scandale d’Etat, et les pitoyables détails de l’affaire pour nous interroger sur ce que cette procédure signifie. Un tribunal arbitral n’a évidemment rien d’un tribunal. C’est une instance privée. Les juges ne sont pas des magistrats mais des « arbitres » désignés par chaque partie. Tout le monde peut être arbitre: homme d’affaire, avocat, simple particulier…Les discussions (on ne saurait parler de débats) ne sont pas publiques. Dans un tribunal « arbitral » on ne juge pas: on négocie et on s’arrange. Dans le monde des affaires, la quasi totalité des litiges importants se règle aujourd’hui de cette façon. Pourquoi pas, si l’intérêt général n’est pas floué.

Le problème, c’est quand l’esprit de ce type de procédure inventé pour « dépasser » la loi se propage à d’autres domaines de la société que celui des affaires. Celui du travail par exemple. Un bel exemple nous est donné avec la loi sur le temps de travail. Ici pas de litige, pas de scandale, mais la même volonté de remplacer la norme universelle de la loi par celle individuelle du contrat.

Comme on l’a déjà dénoncé ici, le gouvernement a tenu à ce que la durée du temps de travail ne soit plus fixée par les textes, mais par la négociation individualisée dans chaque entreprise. Avec ces deux exemples qui en annoncent bien d’autres (contrat fiscal par exemple)nous sommes bien là au coeur du vrai projet mortifère de Sarkozy et de la droite actuelle: en faisant reculer le plus possible, dans le plus de domaine possible, la « norme » collective au profit de l’accord individualisé, c’est aux principes même de notre République qu’il s’attaque directement. En effet, si nous sommes, en principe, tous égaux devant la loi, nous sommes tous inégaux devant le contrat. Et dans le monde du négociable, c’est toujours le plus fort, le plus riche ou le mieux protégé qui l’emporte. Exit donc le principe d’égalité.

Alors poussons plus loin. Chacun, dans ce funeste modèle social sans norme, étant appelé à auto-défendre ses propres intérêts, c’est toute la tendance naturelle et bas- instinctive à l’individualisme de l’humain qui se trouve encouragée. Société du chacun pour soi, la société du contrat particulier est l’exact inverse d’une société fraternelle et solidaire. Exit donc, du même coup, le principe de fraternité. Alors puisque nous y sommes, allons au bout de la trilogie: est-on libre, dans une société sans loi ? Je laisse à la méditation de chacun cette question qui, ironie du sort, a été donnée cette année en sujet de philo aux élèves de terminale littéraire.

Nb: on notera au passage l’incroyable imposture Sarkozienne qui, mettant tout en oeuvre pour faire reculer la loi, prétend renforcer le Parlement justement chargé de la produire!

Olivier Spinelli

14
juil

Juillet 2008 : réintroduction de l’esclavage en France

Si, malgré la hausse de tous les prix, vous avez la chance de partir cet été ou tout simplement d’être en repos, profitez en bien…Car ce sont peut-être vos dernières vacances. Obnubilés par l’idée de faire travailler plus non concitoyens, Sarkozy et Fillon sont en train, à l’heure où pensent-il tous ces fainéants de français sont en vacances, de rétablir une forme moderne d’esclavage dans notre pays. Le tout avec la bénédiction et le soutien total des députés UMP dont, chez nous, et en première ligne Alain Gest.

Même Pétain n’avait pas touché aux 40 heures ! Or, en encourageant la négociation des heures travaillées entreprises par entreprise, rien ne pourra plus désormais empêcher un patron d’imposer aux salariés de travailler jusqu’à…65 heures par semaine ! Cela signifie, nous avons fait le calcul, qu’un travailleur devra bosser de 8h du matin à 21 heures six jours par semaine. Inapplicable direz-vous ? Alors pourquoi Xavier Bertrand, le zélé ministre du travail, a-t-il tenu à signer lui-même, et avec le sourire, la directive européenne qui autorisera demain cette nouvelle forme d’esclavage moderne ? Rappelons que dans le dispositif de la nouvelle loi, tout est laissé à l’appréciation du patron et à la négociation. On voit bien, dans ces conditions, le sort qui sera réservé aux salariés des entreprises petites et moyennes, dans lesquelles la représentation du personnel ou syndicale n’est pas obligatoire ou très faible ! Quant aux autres, que vaudront leurs revendications face au chantage à l’emploi ? La durée légale du temps de travail étant de fait abolie (même si Sarkozy fait semblant de ne pas le comprendre ou ne s’en est pas « aperçu ») c’est donc toujours le patron qui, dans les faits, décidera de tout…dans la limite des 65 heures tout de même.

Plus de 1er mai pour les cadres

Sans même qu’il soit besoin de mettre en place ce nouveau dispositif, un amendement prévoit dès maintenant la fin quasi automatique, pour les cadres, du repos les jours chômés. A partir de la rentrée, ils devront donc désormais travailler, par exemple, le 1er mai, le jour de Noël et le 15 août. Raffarin en avait rêvé pour la pentecôte, Fillon l’a fait pour tout le reste !

Et contrairement à ce qui est annoncé, cette régression n’entraînera pas de hausse des rémunérations.Au contraire, les salaires vont baisser !

Puisqu’il sera laissé à la « négociation » (comprendre au « chantage ») le soin de définir la durée forfaitisée du travail, la question du seuil à partir duquel se déclencheraient les heures sup devient également virtuel. Avec la nouvelle loi, nous savons que la majoration de ces heures sup va être baissée de 25% à 10% voire…0% dans certains cas. Les salariés vont donc travailler -beaucoup- plus pour gagner au mieux la même chose et parfois moins qu’avant !

Enfin, si aujourd’hui les patrons demandent aux salariés « des efforts » sur le temps de travail pour soi-disant s’adapter à la concurrence internationale, soyons certains que demain ils mettront aussi sur la table la question des salaires, et notamment du Smic, comme le Médef le réclame.

Olivier Spinelli

(cliquer la flèche Play ci-dessous pour voir le film )

14
juil

Travailler plus : un choix idéologique

Depuis 1936, la gauche avait réussi à combiner à la fois la réduction du temps de travail, l’augmentation des salaires et bien sûr les gains de productivité, qui demeure à ce jour l’une des plus performante du monde. Ce modèle fonctionne parfaitement bien puisqu’il a permis à notre pays de figurer parmi les premières puissances industrielles de la planète, tout en surmontant de multiples crises. Il s’inscrit dans une démarche universelle de progrès humain qui consiste, pour tous, à travailler non pas plus, mais mieux. En tentant de casser cette grande tendance historique et humaine, la droite fait donc un choix idéologique. Elle ne croit pas, et elle l’assume d’ailleurs parfaitement, au progrès fondé sur la « qualité » du travail, c’est à dire de l’intelligence humaine, son adaptabilité, sa créativité… Elle croit simplement, de façon assez primaire, à une seule approche fondée sur la « quantité ». Le slogan « travailler plus pour gagner plus », avec tout ce qu’il comporte de réduction et, il faut bien le dire de bêtise est significatif de cette façon de penser. A ce compte là, les pays en voie de développement, qui sont ceux où on travaille le plus depuis toujours auraient dû devenir les plus puissants du monde depuis longtemps ! Un pays comme l’Inde, par exemple, ne doit pas son émergence à la quantité de travail fournie pas les indiens. S’ils s’en sont sortis, c’est grâce au progrès technique. Ils ont investis dans la recherche, ils ont formé et recruté des ingénieurs. A Bengalore, ville symbole du développement de l’Inde, on ne travaille pas plus qu’en France aujourd’hui ! Nous savons qu’en économie, la réduction du temps de travail est un facteur essentiel de la productivité. Aujourd’hui, une heure de travail français équivaut, en terme de profit final, à plus de dix heures de travail chinois, avec des salaires bien supérieurs. Que cherche t-on, alors ? A s’aligner sur la Chine ? Car c’est aussi une autre règle : si le temps de travail augmente, le salaire n’augmente pas pour autant de façon mécanique. Il faudrait pour cela avoir le courage de toucher à la répartition des richesses crées par le travail, dont le rapport est aujourd’hui totalement déséquilibré avec le capital. Or, pour inverser ou tout simplement rééquilibrer ce rapport, il faut de la productivité… On voit bien, dès lors, où veut nous emmener Sarko et son « travailler plus » : dans une société où le travailleur verra sa force de travail démonétisé de sa plus-value. Il n’aura plus alors qu’à attendre bien sagement qu’on veuille l’employer, ici ou là, au prix qu’on voudra, peu important sa qualification que de toutes façons il n’aura plus. Variable d’ajustement à l’objectif de profit fixé par les actionnaires, le travailleur sera devenu une matière première comme une autre…Dont il n’est même pas exclu qu’elle puisse un jour être cotée sur un marché. Aux esclaves ?

Olivier Spinelli

14
juil

Les caisses sont vides…sauf pour la propagande !

Près de cinquante millions d’euros ! C’est ce qu’aura finalement coûté aux contribuables français la campagne de propagande télévisée du gouvernement sur le pouvoir d’achat. Matignon, sur ordre de l’Elysée, a en effet acheté au prix fort (sans parler des frais de tournage) des spots pour expliquer sans rire que le pouvoir d’achat était bel et bien en train d’augmenter et que si les français ne s’en apercevaient pas, c’est qu’ils avaient mal vu ! L’année prochaine, l’Elysée veut aller encore plus loin. On vient d’apprendre en effet que le budget de la propagande gouvernementale (le SIG) va augmenter en 2009 de…292% ! Normal : moins il y a de résultats, plus il faut dépenser pour expliquer le contraire…Surtout quand les caisses sont vides.

Olivier Spinelli

14
juil

provocation…

« Maintenant, lorsqu’il y a une grève, personne ne s’en aperçoit… »Sarkozy jubile. Il a réussi, pense t-il, à « mater » le pays .
Et lui, s’aperçoit-il de ce que sont devenues les conditions de vie de nos concitoyens ? S’est il aperçu que cette année, près d’un français sur deux a du renoncer à prendre des vacances par que « mettre du gas-oil dans la voiture, c’est plus possible » à moins de renoncer à remplir la cuve cet hiver ? S’aperçoit-il que des centaines de milliers de diabétiques, de cancéreux, de personnes souffrant d’hypertension sont en train de faire et refaire leur calcul pour savoir si elles auront à la fois les moyens de se nourrir et de supporter le coût de leur traitement qui était jusqu’ici remboursé à 100% ? S’aperçoit-il qu’au supermarché, acheter un kilo de pêche, d’abricot ou de cerise est devenu un luxe pour la plupart des français ? S’aperçoit-il que de dans certaines familles, on ne fait plus qu’un seul repas par jour quand il n’y a pas « cantine » pendant les vacances ? S’aperçoit-il qu’à la rentrée, dans presque toutes les communes, les classes seront surchargées de façon insupportable du fait des 12000 suppressions de poste d’enseignants, sans parler des 14 000 supplémentaires l’année prochaine ?
S’aperçoit-il que depuis qu’il est arrivé, notre pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans la paupérisation ? Que jamais on a expulsé autant de familles de leur logement, que les chiffres du chômage faussement stabilisés cachent en réalité la surmultiplication de contrats ultra-précaires et mal payés ? Que notre pays est profondément déprimé, en proie à une inflation inquiétante, à une économie laissée à la dérive et à une crise de confiance sans précédent envers son président ?. S’aperçoit-il qu’il est le chef de l’Etat le plus impopulaire de toute l’histoire de la Vème République ? Que moins d’un Français sur 3 le soutien aujourd’hui et que plus de 75% ne souhaitent pas le voir se représenter un jour à une élection présidentielle ?

Olivier Spinelli

14
juin

samedi 14 juin 2008

Les Irlandais ont dit « non » ! Je ne vais pas bouder mon plaisir. Même si les raisons pour lesquelles ils ont ainsi répondu ne sont pas nécessairement celles qui m’avaient conduit à dire « non » en 2005. Les peuples ont le droit et l’envie quelquefois de dire « m… » quand on les méprise à ce point. J’ai entendu avec bonheur que certains électeurs irlandais expliquaient qu’ils étaient fiers d’avoir ainsi « vengé » les autres peuples européens à qui la parole avait été refusée. Merci à eux. J’ai en effet la rage au ventre, car jamais des responsables politiques ne se sont moqué de nous avec une telle insolence. Les Français ont voté Non en 2005. Non seulement Sarkozy s’est assis sur leur vote, non seulement une grande partie des élus socialistes se sont assis sur leur vote, mais comme rien ne s’est passé depuis 2005, que les partisans du « Oui » sont restés au pouvoir, qu’ils n’ont évidemment rien fait pour changer quoi que ce soit de fondamental à l’orientation qu’ils ont décidé de donner à l’Europe, ils ont l’incommensurable culot de nous montrer du doigt en faisant semblant de s’interroger : « où est votre plan B »? Les « salopards » !

Bien entendu les médias français ont interrogé les partisans du Oui plongés dans leur incompréhension et dans leur indignation : manifestement ils n’ont rien écouté, rien entendu et toujours rien compris. Pour interroger les partisans du Non, les médias ont interviewé Le Pen. Car, pas question qu’on puisse être sincèrement européen et être partisan du Non. Il est plus simple d’affirmer que le Non ne peut être que nationaliste et donc réactionnaire. C’est en tous cas ce que les médias avaient pour mission d’expliquer. Les « salopards » !

Je ne suis pas un passionné du referendum. Parce qu’il est vrai que les peuples mal informés n’ont pas toujours raison. Parce qu’il est vrai que la médiation des élus est souvent utile. Mais les responsables de la construction européenne ont affiché une telle distance, un tel mépris des peuples qu’ils sont supposés représenter qu’on ne peut que se réjouir de les voir désavoués. Au demeurant, ne rêvons pas ! Il n’y aura toujours pas de « plan B » ! Les Sarkozy et autres dirigeants européens n’en veulent toujours pas ! Ce qu’ils vont nous adresser, c’est un superbe doigt d’honneur en affirmant que les parlements ayant voté les peuples ont parlé ! Les « salopards » !

Pour une fois un bon point pour Sarkozy : la prise de contrôle annoncée des Chantiers de l’Atlantique menacés de rachat par des fonds asiatiques. Les médias commentent avec une ironie méprisante : « geste de patriotisme économique ! » disent-ils ! Trop rare à mon goût. Il ne s’agit pas de « patriotisme » mais de défense des emplois locaux. Et pourquoi faudrait-il accepter que nos technologies, nos savoir-faire, passent tous, les uns après les autres, comme c’est trop souvent le cas depuis des années, sous contrôle étranger. Qui décidera demain de l’avenir de notre politique énergétique, de notre politique industrielle, de notre mode de travail et de vie si nous perdons le contrôle de nos entreprises les plus importantes?

Même le social libéral Gordon Brown nationalise une banque. Certes parce qu’elle rencontre des difficultés. Ce qui n’est pas la meilleure des raisons ! Nationaliser les pertes pour demain privatiser les profits, ce n’est pas ce qui est souhaitable. C’est trop souvent la tentation des libéraux et même de certains autres !!! C’est ce que fit naguère le même Sarkozy ! Privatiser une belle entreprise remise sur pied grâce aux efforts des contribuables pour que des fonds étrangers puissent acquérir une unité juteuse, ce n’est pas franchement ce que je souhaite pour mon pays. Nous avons déjà donné : Pechiney, Arcelor, etc…Mais nationaliser pour assurer durablement le contrôle politique sur les outils essentiels de l’économie locale, alors oui, bravo !

Je ne crois pas que ce soit l’objectif du Président de la République ! pas plus que Gordon Brown. Il n’est devenu socialiste ! Mais enfin j’ai souhaité souligner l’initiative de Sarkozy au moment où, de leur déclaration de principes, les socialistes se sont honteusement efforcé d’éliminer toute référence à ce qui faisait au moins jusqu’en 1991 notre identité : l’appropriation collective des grands moyens de production et d’échanges !

Jacques Fleury

14
juin

CINQ DECLARATIONS EN UN SIECLE

1905 Une synthèse « révolutionnaire »

Le parti socialiste qui s’unit en 1905 s’affirme comme un « parti de lutte de classe ». Son camp est celui du prolétariat opposé à la bourgeoisie capitaliste. Il peut arriver accidentellement que son action en faveur des droits et des intérêts du prolétariat rencontre celle d’un parti bourgeois, mais il reste « toujours un parti d’opposition fondamentale et irréductible à l’ensemble de la classe bourgeoise et à l’Etat qui en est l’instrument ».

Au parlement, - c’est la part laissée aux réformistes – le groupe socialiste sévèrement encadré « doit se consacrer à la défense et à l’extension des libertés publiques et des droits des travailleurs, à la poursuite et à la réalisation des réformes », mais seulement dans la mesure où celles ci «améliorent les conditions de vie et de lutte de la classe ouvrière ». Concession cependant limitée car la véritable ambition du parti socialiste est de « socialiser les moyens de production et d’échange, c’est-à-dire de transformer la société capitaliste en une société collectiviste ou communiste ». Il atteindra ce but grâce à « l’organisation économique et politique du prolétariat ». Par son but, par son idéal, par les moyens qu’il emploie, le parti socialiste, n’est pas un parti de réforme, mais un parti de lutte de classe et de révolution. » Le parti n’exclut a priori aucun moyen de parvenir à ses fins.

1946 Révolution «essentiellement» démocratique

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le but du Parti socialiste n’a pas changé : « Le caractère distinctif du Parti socialiste est de faire dépendre la libération humaine de l’abolition du régime de la propriété capitaliste qui a divisé la société en classes nécessairement antagonistes ». C’est un parti « essentiellement révolutionnaire » parce que « il a pour but de réaliser la substitution au régime de la propriété capitaliste d’un régime où les richesses naturelles comme les moyens de production et d’échange deviendront la propriété de la collectivité et où, par conséquent, les classes seront abolies ». Le texte limite ce qu’il faut « collectiviser ».

Les socialistes n’écartent a priori aucun moyen d’accéder au pouvoir puisque il est écrit que « Quels que soient les moyens par lesquels elle sera accomplie, cette transformation constitue par elle-même la révolution sociale ». Mais le catastrophique exemple soviétique les conduit désormais à se démarquer des communistes en insistant sur le caractère démocratique de leur combat : si l’essence du parti demeure révolutionnaire, le parti est aussi « essentiellement démocratique », parce que « il n’y a pas d’émancipation du travail si la cité n’est pas libre ». L’affirmation de cette « essence » va plus loin puisque « les libertés démocratiques étendues et développées sont à la fois l’élément nécessaire de tout régime socialiste, et le moyen d’assurer au prolétariat, au sein même du régime capitaliste, les réformes progressives qui améliorent sa condition et accroissent sa capacité révolutionnaire ».

1969 La démocratie est « révolutionnaire »

Pour justifier que « le parti reste révolutionnaire » le texte fondateur du Parti d’Epinay ne part plus de la volonté des socialistes de renverser le système capitaliste mais de leur ambition d’aboutir à la démocratie parfaite : ils sont révolutionnaires « parce qu’ils sont des démocrates conséquents et qu’ils estiment qu’il ne saurait exister de démocratie réelle dans la société capitaliste. La liberté de l’homme ne dépend pas seulement de la reconnaissance formelle d’un certain nombre de droits politiques ou sociaux, mais de la réalisation des conditions économiques susceptibles d’en permettre le plein exercice. »

Les socialistes de 1969 restent fidèles à ce qui constituait depuis 1905 leur identité puisque ils demeurent convaincus que la démocratie économique « caractère distinctif du socialisme », ne peut être obtenue que par la « socialisation progressive des moyens d’investissement, de production et d’échange» car la détention de ces moyens « reste, en dernière analyse, le fondement essentiel du pouvoir ». Mais comme ils ont décidé que le seul moyen acceptable de parvenir au pouvoir est de respecter le processus démocratique classique, ils admettent que la transition ne peut être que « progressive ».

1990 Le tournant:la reconnaissance de l’économie de marché

Convaincus que le mot « révolution » est fâcheusement connoté, les membres du PS alors au pouvoir préfèrent ne retenir désormais de l’objectif révolutionnaire que « les espérances ». Pour se démarquer de l’image des régimes dits « socialistes » de l’Est, ils dénoncent sans nuance « la faillite des sociétés bureaucratiques ». Pourtant le parti ne peut « oublier que le capitalisme développe les inégalités, accentue les déséquilibres mondiaux, exploite les richesses du Tiers-Monde et maintient dans de nombreux pays chômage et exclusions ». Malgré ce constat négatif, il n’est plus question dans ce texte de mettre fin à la société capitaliste en assurant la socialisation – fut-elle progressive - des moyens d’investissement de production et d’échanges. L’objectif n’est plus l’économie socialiste mais l’économie sociale de marché. La règle est désormais le marché, l’exception le secteur public. Le parti n’envisage plus de « méconnaître les règles du marché » mais d’en limiter l’espace dans « une société d’économie mixte » qui «fournisse à la puissance publique et aux acteurs sociaux les moyens de réaliser des objectifs conformes à l’intérêt général ». Il ne s’agit plus de défendre les victimes de l’exploitation capitaliste mais l’intérêt général. Il est vrai que si on ne veut pas perdre les élections, il faut ménager une importante classe moyenne de moins en moins solidaire de ce qui reste de classe ouvrière.

2008 : Un « fourre-tout » d’idées généreuses

En 2008 « être socialiste c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est ». A cet aune, rares sont ceux qui ne seraient pas socialistes ! La nouvelle déclaration énumère les idéaux traditionnels des hommes de gauche : la liberté, l’égalité, le refus des injustices, le progrès social et sociétal, auxquels s’ajoutent désormais la préoccupation du développement durable et le respect de l’environnement.

Le mot « révolution » a disparu. La critique du capitalisme n’arrive désormais qu’à l’article 6. Encore ne s’agit il que d’une critique « historique ». Le parti reconnaît quand même que ses objectifs ne peuvent être atteints « par le seul fonctionnement spontané de l’économie ». Le moyen d’y parvenir réside dans la redistribution par les pouvoirs publics des ressources et des richesses.

Il ne s’agit plus de remettre en cause le marché, fondement du système capitaliste, mais de le faire réguler par la puissance publique dans le cadre d’une économie mixte, grâce à « des services publics de qualité » - en 1990 on parlait d’un « service public fort » - et un « tiers secteur d’économie sociale » car « certains domaines de l’activité ne peuvent relever du fonctionnement du marché quand ils concernent les droits essentiels ».

Les socialistes étaient convaincus en 1905 que pour satisfaire leurs idéaux il fallait renverser le capitalisme et le régime de propriété qui fondait son pouvoir. En 2008 le PS s’incline devant le système capitaliste, souligne le « dynamisme du marché », et n’ambitionne plus que d’arracher les mesures qui pourraient en apaiser les effets. Capitulation idéologique ?

Jacques Fleury

Ndlr: cet article de Jacques Fleury sera publié prochainement dans la revue “Parti Pris”, que nous vous recommandons. Infos ICI (Cliquer)

13
juin

exit lisbonne!

Les Français et les Hollandais l’avaient jeté dans la cuvette en 2005. En rejetant son avatar trois ans plus tard, le peuple irlandais tire la chasse d’eau : il n’y a plus de traité de Lisbonne. Pour nous qui combattons ce texte et ses dérivés depuis trois ans, c’est évidemment une très bonne nouvelle.

Elle écarte en effet définitivement le serpent de mer venimeux de ce texte libéral et antidémocratique. En dépit des appels désespérés, dans le même chœur, de Sarkozy, qui en fut l’initiateur, de Mr Barroso et de Mme Merkel à poursuivre tout de même le processus de ratification, ou à trouver « des arrangements juridiques avec l’Irlande » ce traité, définitivement, légalement, moralement, politiquement, n’existe plus. Donc n’en parlons plus et regardons l’avenir.

Nous aurons bientôt des élections européennes : nous pouvons - et devons- ouvrer pour que le nouveau Parlement qui sera issu de ce scrutin, et qui détiendra donc la légitimité populaire, soit investi du pouvoir d’écrire une nouvelle constitution pour cette Europe que nous aimons. Une Europe sociale et fraternelle dont les libéraux, en méprisant les peuples, ont dévoyé l’idéal en tentant de le transformer en vulgaire boîte à outils capitaliste à la solde des banques et des patrons délocaliseurs. Cette belle Europe à laquelle nous aspirons depuis tant d’années, nous pouvons maintenant l’obtenir. Les libéraux sont enlisés et ils ont échoué. C’est à notre tour de prendre les choses en main. Deux conditions sont nécessaires : la première, que le futur Parlement soit effectivement investi du pouvoir constituant. La seconde, que la majorité européenne qui sortira du scrutin soit clairement Socialiste. C’est à portée de main si nous le voulons.

Olivier Spinelli

30
mai

Sarko signe la fin de la durée légale du travail en France

En dépit de leurs dénégations, Sarkozy et Fillon sont bel et bien en train de réaliser le plus vieux rêve du patronat français : mettre fin à la durée légale du travail.

Le projet de loi sur le temps de travail, qui sera présenté le 11 juin prochain au Parlement, et dont nous avons pu nous procurer une copie de travail (à télécharger ici) prévoit que désormais la durée du temps de travail sera négociée dans chaque entreprise, sans autre limite que celle imposée par l’Union Européenne, soit 48 heures hebdomadaires.

Officiellement, les 35 heures demeurent, ce qui permet à Sarkozy et à Fillon de pouvoir affirmer, tout en prenant les Français pour des imbéciles, « qu’on ne touche pas à la durée légale ». Car si les 35 heures restent bien inscrites dans les textes, elles deviennent en revanche « négociables » au cas par cas, dans chaque entreprise, grosse, moyenne ou petite, avec ou sans représentants du personnel. Pas besoin d’une boule de cristal pour deviner ce qui va se passer : sous la pression du chantage à l’emploi, comme on l’a vu en décembre dernier chez Continental à Sarreguemines, ou encore avec Goodyear et Dunlop à Amiens, cette liberté folle laissée aux entreprises va se traduire par des augmentations du temps de travail. Et contrairement à ce que Sarkozy prétend, le seuil de déclenchement des heures supplémentaires ne restera pas à 35 heures puisque là encore, c’est « négociable ».

Le texte prévoit par ailleurs que la négociation fixera aussi les conditions d’organisation du travail. Par exemple, les heures sup, s’il y en a, pourront être remplacées par des repos ou « payées » en temps libre. Flexibilité maximum, dans laquelle, pour l’essentiel, c’est bien le carnet de commande qui fixera l’organisation du travail.

Comment, dès lors, ne pas avoir la certitude que les entreprises vont se livrer à une surenchère de flexibilité et utiliser le jeu de la concurrence pour justifier tous les chantages ? Comment imaginer que si le patron de Tartenpion obtient une négo sur une durée hebdomadaire de 48 heures payées 35 (le maximum possible) celui de Flexibilus ne voudra pas la même chose ?

Sans une mobilisation massive de tous les salariés, ce texte passera dans deux semaines. Et Sarkozy aura alors marqué un point décisif dans sa guerre totale entamée il y a un an contre le droit du travail et les salariés du pays. Les syndicats, mais aussi tous les partis de gauche, et au premier rang d’entre eux le Parti Socialiste, ont aujourd’hui le devoir de l’empêcher d’y parvenir.

Olivier Spinelli

23
mai

“rien ne justifie qu’on abandonne ce qui fait l’identité des socialistes”

Billet n°29

vendredi 23 mai 2008

Le projet de déclaration de principes qui nous est soumis ne présente à mes yeux qu’un avantage : il n’interdit pas à un socialiste d’être membre du parti !

Lorsque j’ai adhéré au parti socialiste, j’ai signé une déclaration de principes qui affirmait ce qui à mes yeux, fait la différence entre un socialiste et un autre homme de gauche :
1: Le caractère distinctif du Parti Socialiste est de faire dépendre la libération humaine de l’abolition du régime capitaliste
2 : Le Parti socialiste… a pour but de réaliser la substitution au régime de la propriété capitaliste d’un régime où les richesses naturelles comme les moyens de production et d’échange deviendront la propriété de la collectivité.
Qu’est- ce qui a changé depuis lors ?
Pense-t-on aujourd’hui qu’on peut atteindre notre idéal de libération humaine sans remettre fondamentalement en cause le fonctionnement de l’économie et donc sans condamner le système capitaliste ?
Pense-t-on aujourd’hui qu’on peut porter atteinte au régime capitaliste sans porter atteinte au régime de propriété de ceux des outils qui fondent sa toute puissance ?
Si nous répondions oui à ces deux questions, ce qui est le droit de chacun, alors nous n’aurions plus aucune originalité à l’égard d’autres progressistes, nous abandonnerions tout espoir d’atteindre réellement nos idéaux, nous ne serions plus des socialistes et il faudrait avoir l’honnêteté de le dire.
Moi je pense que rien ne justifie qu’on abandonne ce qui fait l’identité des socialistes. Et surtout pas la mondialisation qui ne fait qu’aggraver la toute puissance capitaliste.
C’est pourquoi la nouvelle déclaration de principes qui nous est proposée ne saurait me satisfaire. J’ai bien vu que dans son article 6, elle rappelle que les socialistes sont partisans d’une économie mixte. Mais cette affirmation semble dans sa rédaction bien restrictive : elle veut se limiter aux services publics. Ce n’est pas suffisant au moment où l’indépendance française ou européenne est menacée par la privatisation de secteurs stratégiques de l’économie privée autres que les services publics ( pensons à l’acier de Arcelor Mittal ou à l’aluminium de la défunte Sté Pechiney et pourquoi pas demain l’énergie nucléaire quand on parle de privatiser AREVA) et que les Français auront de moins en mois prise sur la politique de l’emploi et la politique sociale du fait de l’appropriation par des fonds étrangers privés ou publics de leurs outils de production.
J’ai bien lu au même article 6 que « les socialistes affirment que certains domaines de l’activité ne peuvent relever du fonctionnement du marché quand ils concernent des droits essentiels ». C‘est bien vrai ! Mais quelle prudence ! Et encore une fois quelle approche restrictive ? Quels sont en effet « les droits essentiels » qui ne seraient pas dès à présent remis en cause par le patronat français et international ? Et dans quelle activité ne le seraient-ils pas déjà ?
J’avais cru comprendre que ces changements successifs de déclarations de principes visaient à ne pas « choquer le bourgeois » pour gagner les prochaines échéances. Sans doute comme l’ont fait les allemands, les italiens et comme le feront bientôt les britanniques ! Mais je constate maintenant qu’à force de modifier les déclarations de principes ( ce serait la troisième fois depuis l’après guerre) on n’oublie les principes eux-mêmes.
Je n’ai pas consacré 49 ans au parti socialiste pour apprendre que Manuel Vals auto promu porte parole du parti socialiste préfère Clémenceau à Jaurès et que Delanoë, un autre prétendant à la direction d’un Parti qui continue à se dire socialiste, nous explique dans le Figaro, que « si les socialistes du XXIème siècle acceptent pleinement le libéralisme, s’ils ne tiennent plus les termes de « concurrence » ou de « compétition » pour des gros mots, c’est tout l’humanisme libéral qui entrera de plein droit dans leur corpus idéologique ». Comme si toutes les libertés ne faisaient pas depuis longtemps partie de notre « corpus idéologique » ?
Et puisque Monsieur Vals se réfère au radical Clémenceau, qu’il se souvienne de ce qu’est devenu le parti radical au cours du XXème siècle : principale force progressiste à la fin du 19ème il est devenu un parti croupion dès la seconde moitié du 21ème siècle à force de renoncements électoralistes. Est-ce ce l’avenir que Monsieur Vals promet au Parti socialiste ?

Jacques FLEURY

ICI: télécharger et lire le projet de déclaration-de-principes-2