Depuis 1936, la gauche avait réussi à combiner à la fois la réduction du temps de travail, l’augmentation des salaires et bien sûr les gains de productivité, qui demeure à ce jour l’une des plus performante du monde. Ce modèle fonctionne parfaitement bien puisqu’il a permis à notre pays de figurer parmi les premières puissances industrielles de la planète, tout en surmontant de multiples crises. Il s’inscrit dans une démarche universelle de progrès humain qui consiste, pour tous, à travailler non pas plus, mais mieux. En tentant de casser cette grande tendance historique et humaine, la droite fait donc un choix idéologique. Elle ne croit pas, et elle l’assume d’ailleurs parfaitement, au progrès fondé sur la « qualité » du travail, c’est à dire de l’intelligence humaine, son adaptabilité, sa créativité… Elle croit simplement, de façon assez primaire, à une seule approche fondée sur la « quantité ». Le slogan « travailler plus pour gagner plus », avec tout ce qu’il comporte de réduction et, il faut bien le dire de bêtise est significatif de cette façon de penser. A ce compte là, les pays en voie de développement, qui sont ceux où on travaille le plus depuis toujours auraient dû devenir les plus puissants du monde depuis longtemps ! Un pays comme l’Inde, par exemple, ne doit pas son émergence à la quantité de travail fournie pas les indiens. S’ils s’en sont sortis, c’est grâce au progrès technique. Ils ont investis dans la recherche, ils ont formé et recruté des ingénieurs. A Bengalore, ville symbole du développement de l’Inde, on ne travaille pas plus qu’en France aujourd’hui ! Nous savons qu’en économie, la réduction du temps de travail est un facteur essentiel de la productivité. Aujourd’hui, une heure de travail français équivaut, en terme de profit final, à plus de dix heures de travail chinois, avec des salaires bien supérieurs. Que cherche t-on, alors ? A s’aligner sur la Chine ? Car c’est aussi une autre règle : si le temps de travail augmente, le salaire n’augmente pas pour autant de façon mécanique. Il faudrait pour cela avoir le courage de toucher à la répartition des richesses crées par le travail, dont le rapport est aujourd’hui totalement déséquilibré avec le capital. Or, pour inverser ou tout simplement rééquilibrer ce rapport, il faut de la productivité… On voit bien, dès lors, où veut nous emmener Sarko et son « travailler plus » : dans une société où le travailleur verra sa force de travail démonétisé de sa plus-value. Il n’aura plus alors qu’à attendre bien sagement qu’on veuille l’employer, ici ou là, au prix qu’on voudra, peu important sa qualification que de toutes façons il n’aura plus. Variable d’ajustement à l’objectif de profit fixé par les actionnaires, le travailleur sera devenu une matière première comme une autre…Dont il n’est même pas exclu qu’elle puisse un jour être cotée sur un marché. Aux esclaves ?
Olivier Spinelli
[...] Comme on l’a déjà dénoncé ici, le gouvernement a tenu à ce que la durée du temps de travail ne soit plus fixée par les textes, mais par la négociation individualisée dans chaque entreprise. Avec ces deux exemples qui en annoncent bien d’autres (contrat fiscal par exemple)nous sommes bien là au coeur du vrai projet mortifère de Sarkozy et de la droite actuelle: en faisant reculer le plus possible, dans le plus de domaine possible, la « norme » collective au profit de l’accord individualisé, c’est aux principes même de notre République qu’il s’attaque directement. En effet, si nous sommes, en principe, tous égaux devant la loi, nous sommes tous inégaux devant le contrat. Et dans le monde du négociable, c’est toujours le plus fort, le plus riche ou le plus protégé qui l’emporte. Exit donc le principe d’égalité. [...]