Au « Café du Commerce » !

19 11 2008

mardi 18 novembre 2008

J’ai beau, comme on dit, avoir « de la bouteille », ce congrès m’aura apporté une fois encore toutes les raisons d’enrager.

Je n’ai que trop entendu des militants, relayés de façon gourmande par les médias, déclarer leur honte d’être au parti socialiste simplement parce que les dirigeants – ceux qu’ils ont choisis et dont ils sont évidemment responsables – n’ont pas su se mettre d’accord. Hypocrisie ! Je peux imaginer sans peine que sous les quatre tentes où se réunissaient à Reims les quatre « courants », tous les militants ont poussé leur leaders à l’affrontement. Pourquoi auraient-ils cédé, eux, plutôt que les autres?

Que les médias nous raillent parce qu’on se dispute, c’est leur boulot ! Ils sont payés pour cela ! Ils ont depuis longtemps choisi leur camp. En 2006, la quasi totalité de la presse a fait campagne, de façon pour le moins suspecte, en faveur de Ségolène Royal avant de commencer à taper sur elle dès qu’elle fût désignée comme candidate officielle du PS. Quant à la presse dite « de gauche », façon « Libé » et « Nouvel Obs », il y a longtemps qu’elle a choisi le camp du politiquement correct. On a vu ce qu’elle défendait en 2005 !

Je regrette comme tout le monde de constater que les ambitions individuelles jouent un rôle trop important dans le déroulement du congrès. Mais je ne suis pas assez stupide pour rêver que, en politique comme dans tout autre domaine de la vie sociale, il pourrait en être autrement. On ne saurait cependant limiter cette critique aux concurrents de Ségolène ! Dans son camp, les ambitions personnelles au demeurant compréhensibles– voir Vals, Peillon et Ségolène elle-même – ne sont ni plus minces ni plus respectables. Il existe d’ailleurs un moyen pour les militants de s’abstraire de ces rivalités de personnes, c’est de s’en rapporter au choix d’une politique plutôt que d’une personne. C’est ce que nous proposons avec la motion C. Mais les militants sont tout aussi hypocrites que les leaders qu’ils dénoncent parce qu’en la circonstance ils sont plus nombreux à voter pour leur chef de file que pour une politique !

Pourquoi un responsable socialiste soucieux de son avenir refuserait, alors que tout le monde l’y invite, de soutenir Ségolène Royal plutôt que de se rallier à l’un de ses concurrents? Par masochisme ? Par « haine » de Ségolène ? Ce ne serait pas un comportement politique ! Et qu’est-ce qui justifierait cette haine ? Alors pourquoi ne pas imaginer que le dit responsable ne choisirait pas Ségolène tout simplement parce qu’il jugerait que sa politique n’est pas bonne, son orientation inefficace voire dangereuse ? Parce qu’il ne l’estimerait pas une bonne candidate ? Ce serait son droit !Ce serait un choix proprement politique ! Qu’est-ce qui justifierait cette sorte de condamnation que ceux qui défendent le « Rien hormis Ségolène » veulent faire peser sur ceux qui ne la choisissent pas ?

Je suis stupéfait d’entendre des socialistes, ou des médias, s’étonner que la parole finalement revienne aux militants. N’est ce pas leur rôle ? Imaginerait-on que le chef du PS se mette d’accord avec Nicolas Sarkozy à la veille d’élections nationales pour revenir vers l’électeur en lui disant : nous sommes tombés d’accord, voici la liste d’élus que nous vous proposons! Pour quelle politique ? Pour quoi faire ? Faut-il rappeler que dans un parti démocratique, les adhérents ne sont pas des « groupies » ou des « supporters », du moins jusqu’à présent ?! Ce sont des responsables politiques qui prennent leurs responsabilités et tranchent en dernier ressort. Pas des suivistes qui attendent que la solution leur tombe toute crue !

Les Français, au Café du Commerce, affirment très souvent de façon péremptoire qu’il y a des bonnes volontés et des talents dans tous les camps et qu’il faudrait qu’ « ils » se mettent tous d’accord pour travailler ensemble. Fraternité ! Fraternité vous dit-on ! Pour quoi faire ? Mystère ! Il est désolant que des militants socialistes raisonnent de même façon à l’intérieur du parti ! Ils devraient savoir plus que d’autres qu’une unité ne peut être que factice s’il n’y a pas d’accord sur un projet, une orientation, et une stratégie. L’unité à tout prix est une stupidité. On a vu que la « synthèse molle » du congrès du Mans n’avait rien résolu.

Il est vrai que le militant ou tout démocrate de base avait de quoi s’interroger sur ce que signifie la démocratie chez les socialistes quand on lui a expliqué pendant des jours et des jours que le fait de recueillir 29% des votes militants, faisait de Ségolène Royal le leader naturel du parti ! Il fallait ignorer évidemment les 71 % qui, manifestement, n’étaient pas d’accord avec elle. « Tout sauf Ségolène » n’est certainement pas une politique mais « Rien hormis Royal » n’en est pas une non plus !

Le choix des jeunes contre les vieux, des modernes contre les « archeos », c’est une vieille rengaine! On nous l’a jouée dans le parti socialiste à chaque génération ! Comme on nous a joué, à chaque génération, l’ouverture au centre au prétexte de « modernisation » ! Fin des années 1960 c’était Gaston Defferre qui interprétait la partition de Ségolène et nous chantait le même refrain !

Pour jeter l’opprobre de la « vieillitude » sur tout ce qui ne relève pas de son camp, Ségolène cite le nom de tous les « vieux » qui soutiennent ses concurrents : Jospin, Fabius, Mauroy, Emmanuelli, etc., ajoutant à ces noms là ceux de sa génération, Delanoë, Aubry, ni plus jeunes ni plus vieux qu’elle, ni moins ni plus « modernes » qu’elle, ni plus ni moins impliqués qu’elle dans la vie du parti depuis longtemps, oubliant de citer que parmi ses propres supporters ceux que tout le monde aura reconnu comme des « jeunes pousses », les Mermaz, Guérini et autres Collomb !

Bah ! Les congrès sont toujours des périodes difficiles ! Mais si, à la fin de la semaine, Hamon l’emporte, le parti sortira avec une ligne politique dépourvue de toute ambiguïté, ancré à gauche, sans tentation d’alliances illusoires, prêt à en découdre avec le libéralisme et la politique de Nicolas Sarkozy. Alors toutes ces péripéties seront vite oubliées et nous pourrons repartir au combat avec enthousiasme !

Jacques Fleury



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